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Histoire de la Terre et de la vie – Actualités géologiques

Energies et climat

Conséquences du réchauffement climatique en Mongolie

Disparition d'une plaque de glace sur le territoire des Tsaatan. William Taylor et al., 2019.

La Mongolie, vaste pays situé au cœur de l’Asie, sans accès à la mer, subit les effets du changement climatique. Durant les 60 dernières années, la température moyenne annuelle de l’atmosphère a augmenté sur tout le territoire de 1,56 °C, mais avec des différences entre les saisons dans ce pays très continental. Il fait moins froid en hiver, grâce à un accroissement des températures de 3,61 °C. Celles du printemps et de l’été ont augmenté de 1,4 à 1,5 °C. En revanche, les étés sont légèrement moins chauds, avec une baisse des températures de 0,3 °C principalement en juin et en juillet. Entre 1940 et 1998, les précipitations ont augmenté en été de 11 % et ont baissé en automne de 17 %, ce qui donne une augmentation moyenne de 6 % car elles se produisent surtout en été. Sur la capitale Ulaanbaatar, il ne pleut quasiment qu’en juin, juillet et août. Les hivers sont froids mais peu enneigés.

Il existe des différences entre les régions. Le réchauffement hivernal est plus prononcé dans les zones montagneuses, surtout au nord et à l’ouest, moins dans la zone de steppes et le désert de Gobi. Celui-ci ne connaît pas de refroidissement estival. La Mongolie comprend trois zones climatiques marquées par des différences de végétation. Au nord, la taïga sibérienne empiète sur la Mongolie. Les précipitations annuelles y atteignent 400 mm par an. La zone centrale est celle des steppes, où le climat est aride. À Ulaanbaatar, située dans cette zone, les précipitations annuelles ne sont que de 216 mm par an. Elles deviennent inférieures à 100 mm par an dans le désert de Gobi, au sud.

Zone explorée par l’expédition scientifique.

Des scientifiques ont pu constater les effets du réchauffement climatique en rendant visite aux Tsaatan, un peule d’éleveurs de rennes vivant dans une région de toundra riche en lichens et de forêts de mélèzes (l’arbre le plus fréquent en Mongolie) à l’ouest du lac Khövsgöl. Situé au nord de la Mongolie, il est la plus grande réserve d’eau douce du pays. Les Tsaatan (ou Doukha comme ils s’appellent eux-mêmes) ne sont pas des Mongols mais des Touvains, un peuple turcophone originaire de la république russe de Touva. On compte une trentaine de familles regroupant environ 200 individus. Une région aussi inhospitalière ne peut guère abriter plus de monde. Les voyages que les scientifiques ont effectués, durant les étés 2017 et 2018, ont été de vraies expéditions car il n’existe pas de route. Ils ont dû se déplacer à cheval. Il y avait des archéologues et des anthropologues venus d’Allemagne, des USA et d’Australie, ainsi que le vétérinaire mongol Myagmar Nansalmaa et deux membres du Muséum National de Mongolie, Jamsranjav Bayarsaikhan et Oyundelger Batchuluun.

Les Tsaatan sont des éleveurs nomades par nécessité, les terres mongoles n’étant généralement pas cultivables. Leur mode de vie existe depuis au moins 3 000 ans. Ils doivent transhumer parce que s’ils faisaient paître leur animaux toujours au même endroit, ils épuiseraient l’herbe. Les transhumances des Tsaatan ont un caractère alpin, car en été, ils se rendent sur les pâturages d’altitude. Animaux adaptés aux latitudes arctiques, les rennes ont besoin de froid et de neige. La persistance de zones enneigées en été les soulage de la chaleur et leur offre une protection contre les insectes, qui peuvent leur transmettre des maladies. Elles sont également une source d’eau douce. Cette région située à 51 ° de latitude est l’habitat le plus méridional pour les rennes en Asie.

A gauche, rennes se refroidissant sur une plaque de glace à Mengebulag. A droite, rennes souffrant de la chaleur sur une terre poussiéreuse près du camp d’été de la rivière Sailag, Zuun Taiga.

Il existe des plaques de glace qualifiées d’éternelles (mönkh mös en mongol) qui ne fondent pas en été. Elles se situent généralement à l’ubac des montagnes. Mais d’après les huit familles qui ont été interrogées dans la région de Mengebulag, des plaques qui avaient toujours été présentes de mémoire collective ont disparu. La santé des rennes en a été dégradée et des décès se sont même produits. Les rennes semi-domestiqués des Saami de Scandinavie et les caribous sauvages d’Amérique du Nord ont été confrontés à des problèmes similaires. Ils ont dû monter vers le nord ou vivre à plus haute altitude. La première solution ne peut pas être adoptée par les Tsaatan puisqu’ils ne sont pas autorisés à franchir la frontière avec la Russie, au nord et à l’ouest.

Par ailleurs, les archéologues ont trouvé des artefacts libérés par la fonte d’une plaque de glace sur le site de Khets Davaa. Ils les ont identifiés comme des objets traditionnels des Tsaatan, l’un d’eux ayant servi à la pêche. Ce lieu devait être un pâturage d’été. Selon les datations au carbone 14, ils dateraient des années 1960, après que ces éleveurs venus de la Touva eussent migré dans la région. Ils ont reçu la citoyenneté mongole en 1956 et de nombreux jeunes gens ont été installés dans une pêcherie collective au petit lac Tsagaan, sur la rivière Shishged, dans la province où les Tsaatan vivent actuellement.

La glace conserve très bien les artefacts. Ils se dégradent en revanche rapidement quand ils sont libérés, ce qui donne des craintes aux scientifiques sur la préservation du patrimoine archéologique de la région. Le phénomène est en réalité mondial, puisque les hautes latitudes et les glaciers de montagnes sont tous affectées par le réchauffement climatique. Les découvertes d’artefacts dans l’hémisphère Nord se sont beaucoup accrues à la fin du XXe siècle, entraînant le développement de ce qu’on appelle l’archéologie glaciaire.

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William Taylor et al., Investigating reindeer pastoralism and exploitation of high mountain zones in northern Mongolia through ice patch archaeology, PLoS ONE 14 (11), 20 November 2019.

https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0224741

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