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Préhistoire du Nil

Le cours supérieur de la rivière Bahr el-Ghazal au Soudan du Sud. @ Michael Walsh / Panoramio.

Le Nil a un caractère miraculeux : comment arrive-t-il à traverser le Sahara du sud au nord sans s’assécher ? D’autres cours d’eau se perdent, à fois parce que les eaux s’évaporent et qu’elles s’infiltrent dans le sous-sol. Ses sources, que les Européens ont si longtemps recherchées, se trouvent dans la région des grands lacs, où il tombe souvent 1,5 mètre de pluie par an. Il se déleste de son limon dans les marécages du Sudd. Après avoir conflué avec le Bahr el-Ghazal au lac No, il acquiert le nom de Nil blanc. Il ne pourrait effectuer la traversée du Sahara sans l’appui du Nil bleu, qui devrait plutôt être appelé le Nil trouble car il est porteur de limon, et de l’Atbara, deux confluents prenant leur source en Éthiopie.

La parte saharienne du bassin du Nil correspond à une vieille croûte continentale : le craton nilotique. Il y a environ 600 Ma (millions d’années), il est entré en collision avec le craton ouest-africain, créant une chaîne de montagnes orientée dans le sens nord-sud. C’était une phase majeure de l’orogène panafricaine, durant laquelle le supercontinent Gondwana, comprenant la future Afrique, a été assemblé. Durant tout le Paléozoïque (de 541 à 252 Ma), ces gigantesques montagnes ont été érodées et les sédiments produits se sont accumulés sur la future Égypte et l’est de la Libye. Le dépôt s’est poursuivi durant le Mésozoïque (de 252 à 66 Ma). Ces sédiments constituent les grès nubiens, représentés en vert sur la carte géologique. Ces roches perméables contiennent une réserve d’eau douce estimée à 370 000 km³.

Extrait de la carte géologie de l’Égypte éditée par l’Egyptian Geological Survey and Mining Authority. Elle montre la vallée du Nil d’Assouan (Aswan) jusqu’à son delta. Comme sur toutes ces cartes, les roches sont identifiées par des couleurs et des indices. T désigne le Tertiaire (de 66 à 2,58 Ma), dont les roches sont en nuances de rouges, et Q désigne le Quaternaire (de 2,58 Ma à maintenant), dont les roches sont en jaune. Ces dernières sont à peu près cantonnées à la vallée du Nil : ce sont ses alluvions.

Pendant le Crétacé supérieur, la mer a apporté une couche de craie constituant les spectaculaires paysages du désert blanc, près de l’oasis d’Al-Farafra. Des argiles imperméables sont venues recouvrir les grès nubiens au nord, puis une mer chaude a déposé d’épaisses couches de calcaire avec des lits plus minces d’argiles. Elles forment des plateaux et des falaises qui dominent le Nil entre Le Caire et Esna. Ces sédiments datant de l’Éocène (de 56 à 34 Ma) comprennent des restes de foraminifères appelés des nummulites : des organismes unicellulaires ayant la forme de petites pièces de monnaie. Les pyramides de Gizeh ont été construites avec ces roches faciles à tailler. Du calcaire à coquilles de la même époque, plus exactement le Lutétien (de 48 à 41 Ma) se retrouve dans les bâtiments parisiens ! On l’appelle le calcaire grossier. En Libye et Égypte, ces roches perméables renferment 170 000 km³ d’eau douce.

Le temple d’Hatchepsout près de Louxor. Les roches de la falaise sont des argiles d’Esna en bas et des calcaires de Thèbes en haut. @ Morburre / Wikimedia Commons.

La mer a commencé à se retirer durant l’Éocène. Les sédiments de l’Oligocène (de 34 à 23 Ma) affleurent sur une fine bande passant par Le Caire, où les alluvions du Nil les a recouverts. Ce sont des produits de l’érosion déposés en environnement fluviatile et lacustre, comprenant des graviers et des galets. Ils sont surtout présents au nord-est de l’oasis de Bahariya.

Les sédiments du Miocène, en orange, sont confinés au nord de l’Égypte, au-dessus de 29° de latitude. Ils comprennent des sédiments détritiques, surmontés d’une couche de calcaire. Un ancêtre du Nil existait à cet époque. On l’appelle l’Éonil et son parcours a pu être reconstitué. Il quittait le cours actuel du fleuve à la hauteur d’Assiout (à peu près à mi-parcours sur la carte) et traversait le désert occidental. Un basculement de la croûte continentale l’a fait prendre son cours actuel. Durant le Messinien (de 7,2 à 5,3 Ma), la Méditerranée a été partiellement asséchée. Le Nil a alors creusé une immense gorge, commençant à Assouan où elle était profonde de 170 mètres. Sa profondeur atteignait 800 mètres à Assiout et 2 500 mètres au nord du Caire. Quand la mer a remonté au Pliocène (de 5,3 à 2,6 Ma), elle a envahi cette vallée jusqu’à Assouan. Celle-ci est alors devenue un golfe. À la fin du Pliocène, le fleuve, appelé Paléonil, a comblé ce canyon en y apportant des sédiments détritiques. Sur la carte, ils sont notés Tpl. Ce sont des couches d’argile, de silt et de sable fin, le silt étant un sédiment à granulométrie intermédiaire entre celles des argiles et des sables. Leur composition indique un climat tropical humide en Égypte, qui était alors recouverte d’abondantes forêts. Les eaux du Nil ont rempli une dépression située au nord-ouest de Fayoum, où elles ont créé le lac Moeris. L’actuel lac salé Birket Qarun en est une relique.

L’aridité s’est installée au début du Pléistocène (de 2,58 Ma à 11 700 ans). Le Paléonil a alors disparu. Il y a environ 700 000 ans, la réactivation du rift est-africain a redirigé le drainage des plateaux éthiopiens vers la vallée du Nil, entraînant la naissance du Prénil. Ce fleuve transportait une grande quantité de sables et de graviers, qui se sont accumulés sur 1 000 mètres d’épaisseur dans le delta. La présence de galets montre qu’il recevait un apport important d’oueds sahariens et qu’il avait de puissantes crues. Il y a 40 000 ans, le fleuve est devenu beaucoup moins vigoureux et n’a plus transporté que du limon. Des périodes de comblement d’alluvions et d’érosion se sont succédé.

Le Nil au sud de Louxor, à 25°22′ de latitude Nord. @ Li Lianyuan / Panoramio.

1 Comment

  1. Guerin

    Passionnant

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