Histoire de la Terre et de la vie - Actualités géologiques

Energies et climat

Le réchauffement climatique de l’Holocène

Réchauffement climatique

Coucher de soleil aux USA. Anton Petrus / Getty.

Depuis que les hommes utilisent massivement les combustibles fossiles, la teneur en dioxyde de carbone dans l’atmosphère a augmenté. Elle est passée de 280 ppmv (partie par million en volume, soit 0,028 %) à plus de 410 ppmv en 2020. Puisque le CO2 est un gaz à effet de serre. Il se produit un réchauffement climatique, dont l’existence est à présent largement admise. La température moyenne globale TMG a augmenté d’environ 1,09 °C (presque certainement entre 0,95 et 1,20 °C) depuis la période de référence 1850-1900. Initialement, la TMG devait être de 14 °C, avec une incertitude de quelques dixièmes de degrés Celsius.

Une augmentation d’un degré, cela semble peu. C’est effectivement très peu, puisqu’en degrés Kelvin, la TMG est passée de 287 à 288 K, soit une hausse de 0,03 %. Le problème est qu’elle ne s’arrêtera pas. Si les réserves de pétrole et de gaz naturel seront sans doute épuisées au cours de ce siècle, il restera beaucoup de charbon. La TMG va certainement continuer à augmenter, plus encore sur les continents que les océans à cause de l’inertie thermique de ces derniers.

L’objet de cet article n’est cependant pas de prédire l’avenir, mais de présenter les émissions de gaz à effet de serre et de décrire la place que le réchauffement climatique actuel occupe dans l’Holocène, notre période géologique, commencée à la fin de la dernière glaciation et qui correspond presque au Néolithique.

Les émissions de gaz à effet de serre

Depuis une décennie, l’humanité émet environ 10,9 milliards de tonnes de carbone par an (10 GtC/an). Outre l’utilisation massive des combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz), les changements d’utilisation des sols et la fabrication du ciment interviennent. La quantité de carbone dans l’atmosphère en 1750 était à peu près de 591 Gt. À présent, ce chiffre a augmenté de 279 GtC. Il serait plus important si les océans et la végétation n’avaient pas absorbé une partie de ces émissions. Le carbone émis durant la décennie 2010-2019 est resté à 46 % dans l’atmosphère. Il a été absorbé à 23 % par les océans, provoquant leur acidification par dissolution du CO2. Le reste, 31 %, a été stocké par la végétation. Comme elle se nourrit du CO2 atmosphérique, elle apprécie une augmentation de la concentration, mais le réchauffement climatique a aussi des effets indésirables pour les plantes, comme des sécheresses.

Émissions anthropiques de dioxyde de carbone en pétagrammes de carbone par an (1 Pg = 1 gigatonnes = 1 milliard de tonnes). En premier lieu, figure le changement d’utilisation des sols, dont la déforestation. Le charbon (coal) a été massivement utilisé depuis le XIXe siècle, puis sont venus le pétrole (oil) et le gaz.

Il n’existe pas de différence entre une molécule de CO2 d’origine naturelle et une molécule émise par l’activité humaine. Cependant, la composition isotopique du carbone donne des indications utiles. Cet élément possède un isotope lourd, le carbone 13, stable mais présent en beaucoup plus faible quantité que le carbone 12. À partir du rapport 13C/12C, les géochimistes définissent un indice noté δ13C, qui vaut 0 pour le carbone de l’eau de mer (présent principalement sous forme d’ions bicarbonate). Pour le carbone de l’atmosphère, présent essentiellement sous forme de CO2, cet indice valait – 6,3 ‰ (ou – 0,63 %) jusqu’au XVIIIe siècle. Cela signifie que le carbone atmosphérique est appauvri en carbone 13 par rapport à celui de l’eau de mer.

Les plantes prélèvent du CO2 dans l’atmosphère pour effectuer la photosynthèse, mais elles ont une préférence pour le carbone léger. Leur carbone est donc encore plus pauvre en carbone 13 que celui de l’atmosphère : tous les arbres ont un δ13C égal à – 27 ‰. Quand ils sont transformés en charbon, cette caractéristique est conservée. Le CO2 émis par la combustion de ce charbon est par conséquent beaucoup plus pauvre en carbone 13 que le CO2 « naturel », surtout d’origine volcanique. Comme le pétrole est également issu de la photosynthèse, mais effectuée par le phytoplancton dans la mer, son utilisation aboutit au même résultat. Le rejet massif de carbone allégé dans l’atmosphère a fait baisser le δ13C à partir des années 1860. Sa valeur est actuellement inférieure à – 8 ‰. Ainsi, l’activité humaine n’a pas seulement augmenté la concentration en dioxyde de carbone dans l’atmosphère et les océans, elle a également modifié sa composition isotopique. Celle-ci reflète la combustion massive de matière organique, d’origine végétale dans le cas du charbon. On observe d’ailleurs une légère baisse de la concentration en oxygène de l’atmosphère terrestre, causée par cette combustion.

Variations de la concentration en dioxyde de carbone, en méthane et en protoxyde d’azote durant les deux derniers millénaires.

Ces informations proviennent d’un flot de glace appelé WAIS Divide en Antarctique occidental et du dôme Law en Antarctique oriental. C’est un dôme de glace de 1 390 mètres d’altitude situé en bord de mer, d’où une carotte de plus de 1 000 mètres de long a été extraite. Les glaces de l’Antarctique, comme celles du Groenland, sont faites de neige compactée dans laquelle de l’air a été piégé. Le carottage du dôme C a permis de remonter jusqu’à 800 000 ans. L’âge du dôme Law ne va pas aussi loin, mais il est important de savoir ce qui s’est passé peu avant l’avènement de la météorologie moderne et de ses relevés. Il a permis de savoir que la concentration en CO2 a été relativement stable durant les deux premiers millénaires de notre ère, avant de monter brusquement durant l’ère industrielle. Il en est de même pour deux autres gaz à effet de serre : le méthane CH4 et le protoxyde d’azote N2O. La concentration de ces derniers s’expriment en partie par milliard (ppb). Ils sont donc beaucoup moins abondants que le CO2 mais leur action sur l’effet de serre radiatif, rapportée à la quantité de molécules, est plus important.

Toutes les carottes de glace prélevées en Antarctique donnent des résultats similaires, pour la concentration en CO2 atmosphérique depuis un millénaire.

Les sources naturelles de méthane sont les zones inondées, où ce gaz est produit par la décomposition de la matière organique en condition anaérobie, les insectes et les ruminants. On sait que ces derniers sont devenus plus nombreux depuis que les hommes les élèvent. Les rizières émettent maintenant autant de méthane que les zones inondées naturelles. Ce gaz a une durée de vie de 10 ans dans l’atmosphère, où il est détruit par les radicaux libres OH. Les sols des forêts tropicales émettent du protoxyde d’azote, ainsi que les océans. L’emploi d’engrais azotés par les hommes est une nouvelle source. Ces molécules, dont la durée de vie moyenne est de 150 ans, sont détruites par photolyse dans la stratosphère.

Les molécules de CO2 ne peuvent pas être détruites dans l’atmosphère. C’est la photosynthèse qui s’en charge. Dans les océans, le CO2 dissout se transforme en ions bicarbonates et carbonates. Des mêmes réactions ont lieu dans les eaux de pluie et du sol et contribue à l’altération des roches silicatées. C’est le seul puits de carbone qui existe à l’échelle des temps géologiques.

Les températures des deux derniers millénaires

Les climats ont toujours changé. On ne devrait pas parler de dérèglement climatique, parce que les climats n’ont jamais été réglés, dit-on parfois. Il est vrai qu’au cours des 541 millions d’années (durant le dernier éon de la Terre, appelé le Phanérozoïque), beaucoup de changements climatiques se sont produits. D’autres ont eu lieu plus tôt, comme les glaciations globales de la Terre, mais plus on remonte dans le temps, plus il est difficile de les percevoir. On ne sait presque rien des climats d’il y a 3 ou 4 milliards d’années. Pour autant, les climats ne changent pas de manière aléatoire, sans raison. Ils dépendent du Soleil, de l’albédo de la Terre (son pouvoir réfléchissant) et de ses paramètres astronomiques, des gaz à effet de serre, de la disposition des continents, des montagnes et des courants océaniques, donc de la tectonique des plaques. Des changements très rapides peuvent être provoqués par des chutes de météorites massives ou des éruptions pliniennes (comme celle du Vésuve en 79, décrite par Pline le Jeune). Celles-ci ont un effet refroidissant. Les éruptions volcaniques émettant d’épaisses coulées de lave basaltiques (les trapps) ont plutôt un effet réchauffant à cause des gaz à effet de serre émis. Elles évoquent le réchauffement climatique actuel.

Ce qui compte, c’est de savoir ce qui s’est passé durant les derniers siècles. Les climats changeaient-ils déjà avant le XIXe siècle ? Les scientifiques répondent à cette question en utilisant des proxies (indicateurs géochimiques), comme les glaces, les cernes des arbres et les coraux. Une première étude a été publiée en 1998, puis une seconde en 1999, par Michael Mann, Raymond Bradley et Malcolm Hughes. Elle concluait que les températures de l’hémisphère Nord avaient une légère tendance à la baisse depuis l’an 1000 avant de monter brusquement au cours du XXe siècle. Cela donnait à la courbe une allure en crosse de hockey, rendant évident le réchauffement climatique actuel :

Certains scientifiques, comme Wallace S. Broecker de l’université Columbia dans l’État de New York, ont reproché à cette courbe de ne pas faire apparaître l’optimum climatique médiéval, une période chaude allant approximativement de 800 à 1200 durant laquelle les Vikings ont colonisé les côtes du Groenland. Pour lui, des périodes chaudes se mettent en place sur Terre environ tous les 1 500 ans, depuis le début de l’Holocène il y a 11 700 ans. Le réchauffement climatique actuel ne serait qu’un épisode de plus. Selon Broecker, il aurait commencé avant que les émissions de gaz à effet de serre ne deviennent substantielles. Cette argumentation a été reprise par tous les climatosceptiques, qui voudraient que l’évolution de la température moyenne globale ressemble à ceci :

Selon cette courbe, une période chaude, l’optimum climatique médiéval, est suivie d’une période froide, le petit âge glaciaire, puis par le réchauffement climatique actuel.

Cette courbe n’a pas été inventée par eux. Elle se trouve dans le premier rapport d’évaluation du GIEC, publié en 1990. Essentiellement basée sur des documents historiques, elle inclut les travaux du climatologue Hubert Horace Lamb (1913-1997) pour l’Angleterre centrale et s’arrête en 1975, après une trentaine d’années de légère diminution de la TMG et juste avant qu’elle ne reparte à la hausse.

La courbe de Mann a été adoptée par le troisième rapport d’évaluation, publié en 2001, ce qui a contribué à sa célébrité. Elle a été attaquée de toutes les manières possibles : les méthodes statistiques seraient erronées, le choix des données serait biaisé, les données et les procédures n’ont pas été partagées pour que d’autres scientifiques vérifient le travail de Mann. La tentative de réfutation la plus complète est venue d’un acteur de l’industrie minière diplômé de mathématiques, Stephen McIntyre, et d’un économiste évangéliste, Ross McKitrick. Leur premier article a été publié dans le journal Energy & Environment en 2003.

Face à cette controverse qui prenait un tour politique, le National Research Council, l’une des quatre Académies nationales des USA, a demandé à un groupe de scientifiques de réfléchir à la possibilité de reconstituer les températures de surface de la Terre depuis 2000 ans. Il fallait tout remettre à plat. On remarque la présence de John R. Christy, un spécialiste des sciences de l’atmosphère qui admet que l’humanité puisse modifier les climats mais ne pense pas que cela puisse avoir des conséquences catastrophiques. Le rapport a été publié en 2006. Sa conclusion a été qu’un réchauffement de 0,6 °C s’est produit durant le XXe siècle, qu’il est visible par des indicateurs comme les forages (mesures des températures des roches ou du pergélisol près de la surface) et le retrait des glaciers et qu’il peut être simulé par des modèles climatiques. Auparavant, à partir de 1500 à 1850, la Terre a connu une période froide, bien attestée par les proxies, appelée le petit âge glaciaire. L’existence d’une période chaude antérieure, environ de 900 à 1600, appelée l’optimum climatique médiéval, est moins certaine.

Le rapport a présenté cette compilation de publications :

Une nouvelle étude de Mann, rédigée avec Philip D. Jones et publiée en 2003, a été utilisée. Elle s’étend aux deux hémisphères et aux deux derniers millénaires. L’estimation des anciennes températures par forage (borehole), effectuée par Huang Shaopeng et Henry N. Pollack, ne fait pas apparaître les variations brèves : la courbe est lissée. Elle repose sur le principe que les changements de température sont enregistrés par le sous-sol, grâce à sa conductivité thermique. Un feu de forêt peut ainsi rester en « mémoire » pendant un certain temps. L’article de Jan Esper, Edward R. Cook et Fritz H. Schweingruber utilise uniquement les cernes (ou anneaux de croissance) des arbres de l’hémisphère Nord, en dehors des tropiques. Il affirme qu’il y a bien eu un optimum climatique médiéval à ces latitudes et qu’il est visible grâce à des méthodes d’analyse appropriées. Quant à la méthode de Johannes Oerlemans présentée dans Science en 2005, elle est basée sur 169 glaciers répartis dans le monde entier, dont les variations de longueur ont été reliées aux variations des températures :

A. Estimation des variations de températures depuis l’an 1600 dans les Alpes (courbe rouge), en Asie (bleu foncé), dans l’hémisphère Sud (jaune), en Amérique du Nord-Ouest (bleu clair) et dans le secteur Atlantique (vert). Les variations globales sont données en noir. B. Estimation des variations de la TMG. D’après Oerlemans, 2005.

Toutes les études mettent en évidence une baisse de la TMG après la seconde guerre mondiale, alors que les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté. Elle s’explique par les rejets de poussières industrielles. Ce sont les mesures anti-pollution prises à partir des années 1970 qui ont fait repartir la TMG à la hausse.

Dans les années 2010, le réseau PAGES (Past Global Changes) a marqué son empreinte. Fondé en 1991, il a été financé par les USA et la Suisse, puis la Chine a remplacé les USA en 2019. Son siège est à Bern. Il comprend actuellement plus de 5000 scientifiques de 125 pays. Des membres de ce réseau se sont consacrés à la reconstitution des températures des deux derniers millénaires, en prenant le nom de consortium PAGES 2k (2k pour 2000 ans). Une première publication a été effectuée en 2013. Elle a été signée par 78 auteurs. En plus des proxies déjà cités, ils ont utilisé des pollens, des sédiments marins et lacustres, des stalagmites et des documents historiques de 511 lieux. L’Afrique est le seul continent pour lequel l’histoire des températures n’a pas pu être reconstituée. Pour l’Asie, l’Amérique du Sud et l’Australasie, la reconstitution ne couvrait que le dernier millénaire. Pour l’Europe et l’Arctique, en revanche, elle s’étendait bien sur 2 000 ans. Le réchauffement actuel y est visible partout sauf en Antarctique.

Les courbes en bleu clair donnent la température moyenne globale à partir de 1850 (HadCRUT4), déterminée grâce aux mesures directes de températures. Elles correspondent aux courbes obtenues par proxies, ce qui valide cette méthode.

Le consortium a reconnu le petit âge glaciaire. Dans une autre étude publiée le 24 juillet 2019, il attribue un rôle dominant aux éruptions pliniennes. Cette période froide a été précédée d’un optimum climatique médiéval, qui n’a pas été synchrone. Il a commencé en Amérique du Sud et en Australasie vers 1 100, au moment où il se terminait dans l’hémisphère Nord. Ce décalage le rend peu visible dans l’évolution de la température moyenne globale.

Les résultats du consortium PAGES 2k ont été repris dans le sixième rapport d’évaluation du GIEC (AR6) :

Forçage volcanique et température de surface moyenne globale (GMST) reconstruite par le consortium PAGES 2K et par des simulations de climats (CMIP5 et 6), pour le dernier millénaire. Les lettres suivies de chiffres indiquent des publications scientifiques. Par exemple, GRA08 désigne un article de Gao Chaochao, Alan Robock et Caspar Ammann publié en 2008 dans Journal of Geophysical Research.

Les grandes éruptions pliniennes du dernier millénaire y figurent. La première est celle du Samalas en 1257. C’est un volcan indonésien situé sur l’île de Lombok. La grande éruption suivante est peut-être celle du Kuwae, un volcan sous-marin de la région des îles Vanuatu, dans le Pacifique occidental, qui a explosé en 1453. La dernière est celle du Tambora le 10 avril 1815, en Indonésie, dont les conséquences climatiques sont connues grâce à des documents historiques. Ces éruptions ont éjecté d’énormes quantités de dioxyde de soufre et de sulfure d’hydrogène dans la stratosphère, qui ont engendré des aérosols sulfatés. L’assombrissement du ciel a provoqué des « hivers volcaniques ». Ces sulfates se retrouvent dans les glaces du Groenland et de l’Antarctique.

Une équipe de chercheurs qui se sont exprimés dans Nature Geoscience en 2015 pense avoir détecté une tendance au refroidissement dans les eaux de surface des océans entre les années 800 et 1 800, à cause d’une fréquence élevée de volcanisme explosif. Les influences du Soleil et du CO2 n’ont pas été jugées suffisantes. A priori, les aérosols sulfatés ne peuvent pas obscurcir le ciel plus de deux ou trois ans, mais les échanges de chaleur entre l’atmosphère et les océans prolongent les refroidissements. Cela a d’abord été démontré avec le Tambora. Dans un article publié le 24 juillet 2019, Stefan Brönnimann et ses collègues attribuent à plusieurs éruptions des années 1820 et 1830 les basses températures et les précipitations élevées que l’Europe a connues, d’où une avancée des glaciers alpins. Les trajectoires des tempêtes au-dessus de l’Atlantique et de l’Europe ont été décalées vers le sud. L’Afrique, l’Inde et l’Australie ont subi un affaiblissement des moussons pendant des décennies.

C’est cohérent avec les résultats du consortium PAGES 2k présentés le même jour dans la même revue, mais cela jette un doute sur le début du réchauffement actuel, au milieu du XIXe siècle : était-il vraiment dû à l’action de l’Homme ou à la fin de perturbations provoquées par le volcanisme ? Un article publié dans Nature également le 24 juillet 2019 apporte une clarification : durant les deux derniers millénaires, les variations de températures n’ont jamais été globales. Le réchauffement actuel est une exception, en s’étendant sur presque toute la Terre. Pour les auteurs, le petit âge glaciaire n’a pas été synchrone, puisqu’il a atteint son apogée au XVe siècle dans l’océan Pacifique, au XVIIe siècle en Europe et au XIXe siècle sur le reste du Globe.

Les températures depuis le dernier maximum glaciaire

Notre période géologique (ou série, pour utiliser le mot exact) est l’Holocène. Elle a commencé il y a 11 700 ans, à la fin de la dernière glaciation, celle de Würm. L’Amérique du Nord, l’Europe du Nord et la Sibérie ont perdu leurs calottes glaciaires. Pour Matthew Osman, Jessica Tierney, Zhu Jiang et quatre autres chercheurs, l’évolution de la température moyenne globale a été la suivante :

Estimation de la température moyenne globale de surface de la Terre (GMST) depuis 24 000 ans, par rapport à la période pré-industrielle 1000-1850. Elle commence peu avant le dernier maximum glaciaire (LGM), allant de 21 000 à 18 000 ans avant le présent. Le début de la période interglaciaire actuelle (Interglacial Onset) est par définition le début de l’Holocène. Les écarts de températures il y a 18 000, 12 000 et 9 000 ans ont été représentés sur des planisphères (Surface Air Temperature SAR).

Leur article a été publié le 10 novembre 2021 dans la revue Nature, si bien qu’il ne figure pas dans l’AR6. Leur objectif était de répondre à un problème de climatologie. En 2013, Shaun Marcott, Jeremy Shakun, Peter Clark et Alan Mix ont présenté, dans la revue Science, une évaluation de la température moyenne globale basée sur des proxies durant l’essentiel de l’Holocène. Ils ont trouvé que la TMG a augmenté de 0,6 °C durant une période allant de 11 300 à 9 500 ans avant le présent, avant de stagner durant 4 000 ans, puis de redescendre de 0,7 °C jusqu’au début de l’ère industrielle et de remonter brusquement. La « crosse de hockey » a été retrouvée de manière tout à fait indépendante. L’Holocène aurait donc eu un optimum climatique il y a entre 9 500 et 5 500 ans, suivi d’un refroidissement atteignant son maximum avec le petit âge glaciaire. Ce résultat est resté une référence.

Anomalie de température d’après Marcott et al., 2013, depuis 2000 ans et durant l’Holocène. La courbe, avec sa bande d’incertitude, est en bleu. Celle de Mann et al., est en gris.

Toutefois, les modèles climatiques n’étaient pas d’accord : ils ne prévoyaient aucun refroidissement durant les cinq derniers millénaires, mais au contraire un léger réchauffement. L’équipe de Matthew Osman a donc repris tous les calculs en combinant les proxies, dont 500 enregistrements marins, et les modèles. D’après leur étude, la TMG a augmenté de 6,8 ± 0,8 °C depuis le début de la déglaciation il y a 17 200 ans jusqu’il y a 9 200 ans, et elle est restée stable jusqu’à l’avènement de l’ère industrielle. L’activité humaine a ainsi mis fin à une stabilité des températures de neuf millénaires.

Cela ne veut pas dire que les climats n’ont pas varié durant l’Holocène, car les paramètres astronomiques de la Terre ont changé. Le cycle de l’eau n’était pas le même que maintenant durant l’Holocène moyen, en particulier les moussons de l’hémisphère Nord. On sait que le Sahara était humide et verdoyant grâce à ces moussons il y a 6000-5000 ans.

Shaun Marcott et Jeremy Shakun ont salué l’étude d’Osman et al. dans un article publié le même jour dans Nature. Ils ont repris la courbe à leur manière, en zoomant sur le dernier millénaire :

Ce ne sont que des moyennes planétaires. Les courbes ci-dessous montrent des évolutions différentes pour l’hémisphère Nord (NH) et l’hémisphère Sud (SH). La première, la courbe rouge, a été décalée pour que le graphique soit lisible. Une irrégularité, visible dans les moyennes planétaires, n’apparaît plus que dans l’hémisphère Nord : le réchauffement, qui était en bonne voie, s’est brusquement interrompu. Ce refroidissement subi est appelé le Dryas récent (Younger Dryas YD). Il est daté par Osman et al. de 12 800 à 11 700 ans avant le présent. L’Holocène commence à la fin de ce coup de froid, lié à la calotte glaciaire de l’Amérique du Nord et aux courants de l’Atlantique Nord.

Un coup de chaud a précédé le Dryas récent : l’évènement Bølling-Allerød (BA), il y a 14 800-12 800 ans.

Qu’en est-il du CO2 ? Sa concentration a très peu varié durant l’Holocène. Elle est en revanche montée durant la déglaciation, passant de 190 à 265 ppm, avec une pause à 240 ppm durant les évènements BA et YP. Les moyennes et hautes latitudes de l’hémisphère Nord ont été les premières à se réchauffer, à la suite de la variation des paramètres astronomiques. La TMG était en phase avec la concentration en CO2 ou légèrement en retard. La fonte des calottes glaciaires américaines et européenne a libéré de grandes masses d’eau douce, perturbant un courant océanique appelé la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (AMOC en anglais). Sous l’afflux de chaleur dans l’hémisphère Sud, la banquise de l’Antarctique a fondu, provoquant la hausse de la concentration en CO2. Quand l’eau est chauffée, elle libère du CO2 dissout. Dès lors, c’est cette hausse qui a été le moteur du réchauffement planétaire.

Variations de la concentration en CO2 atmosphérique depuis 22 000 ans.
Variations de la concentration en méthane atmosphérique depuis 22 000 ans. Noter une différence entre l’hémisphère Nord (NH) et l’hémisphère Sud (SH). Le forage GRIP a été effectué au Groenland. Le carottage a dépassé les 3 000 mètres de profondeur. il permet de connaître les 100 000 dernières années.

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Michael E. Mann et al., Northern hemisphere temperatures during the past millennium: Inferences, uncertainties, and limitations, Geophysical Research Letters, 5 March 1999.

Johannes Oerlemans, Extracting a Climate Signal from 169 Glacier Records, Science, 29 April 2005.

National Research Council, Surface Temperature Reconstructions for the Last 2,000 Years. Washington, DC, The National Academies Press, 2006.

Michael E. Mann et al., Proxy-based reconstructions of hemispheric and global surface temperature variations over the past two millennia, PNAS, September 9, 2008.

Jeremy D. Shakun et al., Global warming preceded by increasing carbon dioxide concentrations during the last deglaciation, Nature, 5 April 2012.

Shaun A. Marcott et al., A Reconstruction of Regional and Global Temperature for the Past 11,300 Years. Science, 8 March 2013.

PAGES 2k Consortium, Continental-scale temperature variability during the past two millennia, Nature Geoscience, 21 April 2013.

Helen V. McGregor et al., Robust global ocean cooling trend for the pre-industrial Common Era, Nature Geoscience, 17 août 2015.

Christoph C. Raible et al., Tambora 1815 as a test case for high impact volcanic eruptions: Earth system effects, WIREs Climate Change, 2 June 2016.

PAGES 2k Consortium, A global multiproxy database for temperature reconstructions of the Common Era, Scientific Data, 11 July 2017.

PAGES 2k Consortium, Consistent multidecadal variability in global temperature reconstructions and simulations over the Common Era, Nature Geoscience, 24 July 2019.

Stefan Brönnimann et al., Last phase of the Little Ice Age forced by volcanic eruptions, Nature Geoscience, 24 July 2019.

Raphael Neukom et al., No evidence for globally coherent warm and cold periods over the preindustrial Common Era, Nature, 24 July 2019.

Matthew B. Osman et al., Globally resolved surface temperatures since the Last Glacial Maximum, Nature, 10 November 2021.

Le sixième rapport d’évaluation du GIEC peut être intégralement et gratuitement téléchargé.

1 Comment

  1. JohnnySmith

    On constatera néanmoins que l’IUSG n’a pas validé la notion d’Anthropocène et que donc, d’un point de vue strictement géologique, ce changement climatique n’a pas à être attribué à l’humanité. Dire que l’humanité a un effet est une chose, dire qu’elle est la cause en est une autre. La première assertion relève de la loi de conservation de la matière, la seconde n’a actuellement pas de valeur scientifique, surtout quand on sait à quel point le climat est complexe et dépend autant de paramètres endogènes qu’exogènes.

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